vendredi 15 décembre 2017

Supernatural Short Stories (1836-1866)

Lors de mon passage à Dublin en octobre, j'ai acheté ce recueil de Dickens un peu à l'aveugle parce qu'il a été publié par Alma, une excellente petite maison d'édition que j'ai découverte l'année dernière avec deux recueils d'Arthur Conan Doyle (Tales of Terror and Mistery et Tales of Twilight and the Unseen). Pour la petite histoire, j'étais persuadée que je n'avais jamais lu Dickens, mais je me suis souvenue par la suite que j'ai lu Oliver Twist il y a quelques années.


The Bagman's Story (1836)
Le premier texte est un récit plein d'humour sur une étrange apparition nocturne: alors que le bagman du titre, un vendeur itinérant qui se déplace avec son cabriolet tiré par sa jument, passe la nuit dans la maison d'une veuve qu'il n'a pas manqué de remarquer, le fauteuil de sa chambre prend vie et se transforme en vieillard!
Extrait de The Pickwick Papers.

The Story of the Goblins who Stole a Sexton (1836)
Creuser des tombes et persécuter les joyeux gamins du quartier la veille de Noël, quelle drôle d'idée. Le sacristain coupable de tant de noirceur pourrait bien être enlevé par les gobelins, qui lui apprendront un peu ce qu'est la vie. Cette nouvelle n'est pas sans rappeller A Christmas Carol, que je n'ai pas lue mais qui me semble suivre le même schéma avec l'intervention d'un personnage surnaturel amenant une personne "mauvaise" à prendre conscience de ses erreurs.
Extrait de The Pickwick Papers.

The Story of the Bagman's Uncle (1837)
Une histoire très classique sur un homme qui voyage dans le temps ou assiste à une apparition de fantômes. C'est en se promenant tard la nuit dans Édimbourg et en passant devant un "cimetière" de carrosses de la poste abandonnés qu'un homme se retrouve soudain entouré de ces mêmes carrosses en parfait état et prêts à distribuer le courrier et emmener les voyageurs! Sa place a été payée et il n'a plus qu'à monter à bord...
Extrait de The Pickwick Papers

The Baron of Grogzwig (1838)
Un texte très drôle sur un baron allemand qui a la mauvaise idée de renoncer à la chasse, son passe-temps favori, et de se marier. Après dix ans de vie familiale, il n'en peut plus et décide de se suicider quand surviennent des difficultés économiques. Mais alors qu'il se prépare à en finir, il remarque qu'il n'est pas seul: le Génie du Désespoir et du Suicide attend son geste.
J'ai adoré cette nouvelle, qui pourrait donner une adaptation très intéressante au cinéma.
Extrait de Nicholas Nickelby.

A Confession Found in a Prison in the Time of Charles II (1840)
Le côté sombre de Dickens. Cette confession n'est pas du tout gaie et même un peu glaçante. L'intrigue rappelle Le Chat noir de Poe.

To Be Read at Dusk (1852)
Une double histoire de prémonition et/ou apparition racontée par des guides au sommet du mont Saint Bernard. J'ai moins apprécié ce texte mais le premier récit était une belle visite en Ligurie.

The Ghost in the Bride's Chamber (1857)
Ce texte est dans la même veine que A Confession Found in a Prison in the Time of Charles II puisqu'il s'agit d'une confession, mais racontée cette fois par un fantôme venu rendre visite à un homme logé dans une grande et belle maison de campagne. J'ai bien aimé.
Ce texte est extrait de The Lazy Tour of Two Idle Apprentices de Dickens et Wilkie Collins, mais c'est bien Dickens qui a écrit cette partie.

The Haunted House (1862)
Un texte de Noël extrêmement bizarre sur une maison prétendument hantée et un groupe de personnes qui veulent prouver qu'elle ne l'est pas. Le narrateur y vit un rêve des plus étranges, auquel je n'ai rien compris (à un moment, il tourne à droite au bout de la rue car c'est le moyen le plus rapide d'atteindre les pyramides d'Égypte! LOL!). Ça m'a rappelé le trip hallucinogène du jeune Adso qui voit passer un patriarche de la Bible, genre Noé, qui pagaye sur un canoë dans Le Nom de la Rose... Je comprends très bien que ce texte de Noël ne soit pas passé à la postérité, contrairement à A Christmas Carol.

To Be Taken with a Grain of Salt (1865)
Retour à une histoire de prémonition et de fantômes plus classique avec un juré qui assiste à un procès pour meurtre et voit le fantôme de la victime au tribunal. Du bon travail.

No. I. Branch LIne: The Signalman (1866)
L'histoire d'un aiguilleur victime d'apparitions spectrales annonçant de grand malheurs. Du bon travail pour cette nouvelle de facture classique qui vient clore le recueil.

À l'exception de The Haunted House que je n'ai absolument pas comprise, j'ai bien aimé ce recueil et je relirai probablement du Dickens au format court à l'occasion. Je ne pense pas réessayer ses romans car je ne garde pas un très bon souvenir d'Oliver Twist, que j'avais trouvé lourd dans sa volonté de toujours faire de l'humour et de l'ironie.

J'ajouterai que cette édition comprend quelques photos et une biographie succincte mais soignée et passionnante sur la vie de Dickens, ce qui a confirmé tout le bien que je pense d'Alma. 😃

lundi 11 décembre 2017

Il avait plu tout le dimanche (1998)

Chronique express!


Les fidèles lecteurs de ce blog ont pu le constater: j'adore Philippe Delerm et ses écrits-instantanés pleins d'humanité et très touchants. Il avait plu tout le dimanche ne fait pas exception à la règle. Si l'on suit un seul personnage, Monsieur Spitzweg, et qu'on a donc un peu plus affaire à un roman qu'à un recueil de textes, chaque chapitre est néanmoins plus ou moins indépendant des autres et aborde un sujet différent. Ainsi, notre Monsieur Spitzweg, alsacien d'origine et célibataire qui vit et travaille à Paris, va tour à tour partager ses pensées sur les expositions parisiennes, l'art moderne, ses vacances à Ostende, le métro, etc. J'y ai trouvé, une fois de plus, une justesse incroyable dans la description de certains ressentis. C'est un vrai bonbon à suçoter lentement, une parenthèse de douceur qui fait du bien mais de la peine aussi, car ce livre parle de la solitude et serre le cœur. Je m'y suis beaucoup reconnue et j'ai encore une fois pensé que Delerm est décidément un écrivain bien talentueux!

Une petite déception pour le titre, que je trouve superbe mais qui est emprunté à un Maigret. Car Monsieur Spitzweg lit des Maigret... 😉

Autres petits bijoux de Delerm déjà chroniqués sur le blog

jeudi 7 décembre 2017

Among Others (2011)

Avec tous les avis élogieux sur Morwenna de Jo Walton publiés par les amis blogueurs il y a deux-trois ans, il fallait bien que je finisse par me pencher sur ce bouquin qui parle d'une adolescente qui passe son temps à lire... 😍


Dans son journal intime, Morwenna raconte ses débuts dans l'école privée où l'a inscrite son père, qu'elle vient tout juste de rencontrer après qu'elle se soit enfuie de chez sa mère, une sorcière. Restée boiteuse à cause de l'accident qui a coûté la vie à sa sœur jumelle, pas du tout intéressée par les signes extérieurs de richesse qui passionnent ses camarades de cours, galloise et non anglaise, Morwenna fait un peu figure de paria et se consacre dès qu'elle le peut à son activité préférée, la lecture. Elle écume en effet les bibliothèques de l'école et de la ville, ainsi que la librairie de la ville!

Et voilà un feel good book axé sur la lecture et la place prépondérante qu'elle peut tenir dans la vie d'une jeune personne de quinze ans, quand le monde s'ouvre devant soi et est rempli de promesses et découvertes – sans aucune naïveté toutefois puisque Morwenna sait bien que les choses ne sont pas simples et faciles vu sa situation familiale, et ce même si elle voit des fées et pratique un peu de magie. 🌟

J'ai adoré cette lecture simple et touchante, qui donne une furieuse envie de lire plus, toujours plus, et de lire et relire Le Seigneur des Anneaux, et d'acheter la bibliographie complète de Clarke, et de demander un congé lecture à son employeur ou ses clients pour avoir le temps de lire, et qui rend somme toute un peu foi en l'humanité, si l'on pense qu'il existe des gens comme Morwenna et ses amis (car oui, avec le temps, Morwenna se fait des amis). Les lecteurs de littératures de l'imaginaire sont les plus susceptibles d'apprécier les lectures de Morwenna mais je pense que tout lecteur s'y retrouvera tant ce livre est un bel hommage aux livres!

En outre, Morwenna, pas bête du tout, émet des réflexions pertinentes sur plein de choses, de la sexualité à la religion, ce qui m'a vraiment fait regretter de ne pas avoir pu lire ce livre quand j'avais, moi aussi, quinze ans (en 2000, soit onze ans avant sa publication!); ça m'aurait peut-être mis un peu de neurones dans le cerveau...

Une lecture très réussie donc, qui m'a vraiment fait vivre plus en paix avec moi-même pendant quelques jours, même si l'on pourrait lui reprocher une certaine simplicité ou quelques ficelles un peu visibles (l'héroïne persuadée de sa laideur finira bien sûr avec le beau gosse du quartier par exemple; et puis même en lisant dix heures par jour, on ne lit pas forcément deux livres par jour, ou alors il faut qu'ils ne soient pas trop gros...). Je dois maintenant réfléchir au nombre d'exemplaires que je dois commander chez mon libraire pour les offrir autour de moi. 😍

Allez donc voir ailleurs si Morwenna y est!

dimanche 3 décembre 2017

La gamelle de novembre 2017

Tout fout le camp ma bonne dame! Cette gamelle est certainement la plus modeste depuis presque trois ans que j'ai créé ce rendez-vous... Comme toujours, j'espère faire mieux le mois prochain! 😂😂

Sur petit écran

Rien. 😂😂

Sur grand écran

Thor: Ragnarok de Taika Waititi (2017)


Je ne pouvais bien sûr pas louper le grand retour de Thor Loki au cinéma. Mon avis est fluctuant. Après un début que j'ai trouvé poussif et forcé, j'ai bien ri et j'ai passé un bon moment. J'ai aussi apprécié pas mal d'éléments; j'aime vraiment beaucoup le mélange de fantasy et de SF propre à l'univers de Thor et il y avait en plus des acteurs que j'apprécie beaucoup. On se demande toutefois ce que Cate Blanchett est allée faire dans cette galère et pourquoi les images de synthèse sont parfois si dégueulasses...

Du côté des séries

Star Trek: Discovery - saison 1 (2017)
Après neuf épisodes, la série est en pause jusqu'en janvier. Malgré la déception liée au fait que, malgré son nom très évocateur, elle n'est pas du tout tournée vers l'exploration, j'ai beaucoup apprécié cette série: personnages travaillés et généralement sympathiques, contexte intéressant, humour, vision optimiste (mais pas non plus naïve) de la science...

Mr Robot - saison 1 (2015)
Avec à peine un épisode vu ce mois, je n'ai rien à ajouter par rapport aux mois précédents et j'ai bien peu d'avoir perdu le fil...

Agatha Christie's Poirot - saison 2 (1990)
Quasiment trois ans après avoir regardé la saison 1, qui m'avait été offerte par les parents de mon Homme, j'ai récupéré l'intégrale de la série! C'est ringard à souhait et délicieusement alambiqué, c'est génial! Venant tout juste de lire The Body in the Library, je suis en pleine période Agatha Christie et j'adore. Au menu cette deuxième saison, un premier épisode d'une heure et demi se déroulant dans une station balnéaire britannique, où une jeune femme désargentée est victime de plusieurs tentatives d'assassinat. Les deux épisodes suivants ont repris le format des 45 minutes avec une histoire de chantage et une autre sur la carte d'une mystérieuse mine chinoise.

Et le reste


J'ai lu L'Incendie des Lilas de Catherine Parfait, le premier roman publié par une amie pour laquelle je suis extrêmement heureuse, et Nietzsche par lui-même, une sélection de citations. Et c'est tout... Je ne vous parle même pas du Cheval Mag de décembre car il est arrivé trop tard pour que je le lise fin novembre; il passera dans la prochaine gamelle! 😂

mercredi 29 novembre 2017

Chéri (1920)

Convaincue par La Maison de Claudine, j'ai décidé de continuer à lire Colette, une des grandes plumes françaises du XXe siècle, et le hasard des achats d'occasion a fait que mon parcours dans sa bibliographie s'est poursuivi avec Chéri, un roman dont j'avais vu l'adaptation de Stephen Frears avec Michelle Pfeiffer.


Cette lecture courte et élégante décrit les derniers instants de la relation entre Léa de Lonval, une riche courtisane de quarante-neuf ans, et son jeune amant de vingt-cinq ans Fred Peloux, surnommé Chéri, sur le point de se marier avec une jeune femme de dix-neuf ans. Je précise les âges de ces personnages car ils ont leur importance dans ce roman qui parle du passage à la vieillesse et à la solitude par opposition à la jeunesse qui a "toute sa vie devant elle". Le mariage annoncé, il va de soi que Léa met fin à sa relation avec son jeune amant, fils d'une de ses amies intimes, et si Chéri le comprend très bien, il prend ça un peu moins à la légère que Léa, qui part passer quelques mois au soleil dans le sud.

Avec sa plume très fine parfaitement adaptée au milieu riche et policé d'une certaine classe oisive de Paris, qui sait très bien qui couche avec qui mais fait semblant de rien avec une élégance incroyable, le roman est à l'image de ses personnages et de son histoire et j'ai beaucoup apprécié. Seul pendant négatif (qui n'en est pas réellement un bien sûr): il faut un minimum brancher son cerveau pour cette lecture. J'ai dû relire les premiers chapitres après un faux départ dû à une interruption de ma lecture pendant quelques jours; les informations sont distillées peu à peu et les dialogues sont subtils et font la part belle à l'implicite ou aux sous-entendus. Bref, il ne s'agit pas d'un livre qu'on avance à raison de deux pages par jour.

J'en retiendrai surtout sa fin déchirante, qui m'a gonflé le cœur. Colette m'a persuadée que l'amour va bien au-delà des âges et que ces deux âmes sœurs, rien n'aurait dû les séparer! Mais en même temps la séparation allait de soi et était inévitable, ce qui a rendu le tout d'autant plus triste...

Bien sûr, le thème est "osé" et reste d'actualité. Âgée de vingt-quatre ans de plus que son amant, Léa serait aujourd'hui qualifiée de "cougar". Elle est parfaitement lucide au sujet de sa relation avec Chéri et des us et coutumes de la société. Il y a un petit côté maternel dans la manière dont elle cajole Chéri, et au final c'est elle qui prend sur elle et se sacrifie presque pour lui garantir la vie à laquelle il a droit dans une relation "normale", mais j'ai vraiment trouvé leur amour extrêmement touchant. Je lirai certainement La Fin de Chéri si je le trouve d'occasion, mais j'ai lu une partie du résumé sur Wikipédia et je crains que cela ne vienne gâcher cette lecture...

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir
J'ai acheté cette adorable édition pour 5€ dans la formidable librairie du père Pennard de Lyon, un endroit juste magique.


samedi 25 novembre 2017

Nietzsche. Se créer liberté (2010)

Chronique express!


Après Super Philo et Pour que la philosophie descende du ciel, troisième (et pour l'instant dernière) étape de ma tentative de dépoussiérage de la philosophie avec cette bande dessinée de Maximilien Leroy tirée de L'Innocence du devenir: La vie de Frédéric Nietzsche de Michel Onfray. Avec son attitude jusqu'au-boutiste, Nietzsche était mon philosophe préféré au lycée et j'ai donc retracé avec plaisir sa vie et ses idées, en apprenant au passage quelques infos que je ne connaissais pas, comme le fait qu'il était enseignant, qu'il a passé beaucoup de temps en Italie... et qu'il a totalement perdu la tête à la fin de sa vie. Je me souvenais bien qu'il était mort dans un état psychique dégradé mais j'ai été horrifiée par les quelques cases sur le sujet, qui montrent un homme bien plus atteint que je ne le croyais, qui nage en plein délire ou est complètement absent. Et on finit bien sûr sur la figure abjecte de sa sœur, qui a récupéré son œuvre et l'a cuisinée à la sauce antisémite. Quel gâchis pour cet esprit plus grand que nature!

Cette BD est toutefois assez austère avec des pages entières sans texte et je ne suis pas sure qu'elle soit adaptée à un public ne connaissant pas du tout le personnage, les concepts de sa philosophie étant à peine abordés. Perso je n'ai pas trop aimé le dessin et n'ai donc pas été extrêmement emballée; j'ai apprécié ma lecture parce que l'homme, de base, m'intéresse!



PS: Comme toujours, les photos de mon téléphone sont complètement surexposées et pâlottes, j'en suis désolée!

Allez donc voir ailleurs si cette BD y est!
L'avis de la petite marchande de prose

mardi 21 novembre 2017

Le Mystère de la Chambre Jaune (1907)

Chronique express!


Après avoir lu Le Fantôme de l'Opéra, je m'étais noté de lire d'autres livres de Gaston Leroux et je suis enfin passée à l'acte, plus de deux ans plus tard, quand j'ai trouvé Le Mystère de la Chambre Jaune et Le Parfum de la dame en noir d'occasion dans la même édition. Le Mystère de la Chambre Jaune est un roman policier, ou plus précisément ce que les anglophones appelleraient un mystery, sur le bon vieux thème du crime commis dans une salle close. Mlle Stangerson a été étranglée et frappée à la tête alors qu'elle se préparait à passer la nuit dans la Chambre Jaune, dont la porte et la fenêtre étaient clos de l'intérieur; son père et les domestiques ont volé à son secours en entendant ses cris et ont enfoncé la porte; mais une fois entrés, point de criminel! Par où s'est enfui le meurtrier? Pourquoi s'en est-il pris à cette estimée scientifique? Le jeune reporter Rouletabille même ici sa première enquête et tirera l'affaire au clair en faisant appel "au bon bout de la raison" et en étudiant de près les mystères du château du Glandier et les va-et-vient nocturnes de ses occupants. J'ai beaucoup aimé ce roman au ton assez amusant, nettement moins torturé que Le Fantôme de l'Opéra, et son mystère très épais: jusqu'à ce que Rouletabille ne déballe l'identité du meurtrier au tribunal, je n'avais aucune idée de qui il s'agissait! Une petite déception pour le "tour de passe-passe" du cauchemar, que j'ai trouvé peu crédible, mais pas non au point de gâcher le plaisir de lecture. Je pense vite lire Le Parfum de la dame en noir, d'autant plus que Rouletabille cite plusieurs fois ce mystérieux parfum...

Le petit truc en plus que vous avez vraiment besoin de savoir
J'ai acheté ce livre, ainsi que Le Parfum de la dame en noir et Le Fauteuil hanté, en étant absolument persuadée que l'auteur était Maurice Leblanc et il m'a fallu plusieurs chapitres pour me rendre compte de mon erreur. Leroux/Leblanc, mon cerveau n'a pas vu la différence. XD

vendredi 17 novembre 2017

War Horse (1982)

Chronique express!


Je crois avoir lu Cheval de guerre de Michael Morpurgo quand j'avais onze ans, mais mon souvenir est extrêmement flou et je ne suis pas trop sure (et je n'en retrouve pas de trace dans mon journal intime de l'époque). Cet exemplaire d'occasion, qui a dû me coûter 2€ chez Oxfam à Dublin, m'a permis de lire ou relire sans hésiter les aventures de Joey, ce jeune cheval britannique qui est acheté par un officier en 1914 et qui part donc à la guerre en France. C'est un bon roman jeunesse, facile à lire mais pas bête du tout, et comme le film qu'en a tiré Spielberg c'est une excellente présentation pacifiste de la guerre, c'est-à-dire que la guerre et les morts ne sont pas cachés de manière naïve mais pas non plus glorifiés. On n'en ressort pas en ayant envie de s'engager mais en ayant beaucoup de peine et de pitié pour tous ces soldats et ces chevaux qui ont souffert dans la boue des tranchées. J'ai versé une larme pour le pauvre Topthorn, si brave et si beau, et pour la jeune Émilie... Connaissant assez bien le film, j'ai inévitablement comparé. Spielberg a changé quelques éléments mais a vraiment gardé l'esprit du livre, exception faite du fait que c'est Joey qui raconte à la première personne ici (mais bon on comprendra qu'il est compliqué de faire parler un cheval en film, on n'est pas dans un dessin animé comme le merveilleux Spirit, l'étalon sauvage!). Bref une jolie lecture à mettre sans hésiter entre les mains des jeunes lecteurs, passionnés de chevaux ou non, et qu'on découvrira ou redécouvrira aussi avec plaisir à l'âge adulte.

lundi 13 novembre 2017

Everything's Eventual (2002)

Je continue à lire du Stephen King jusqu'à la fin de l'année et la lecture d'octobre – qui a largement débordé sur novembre en réalité – était celle de ce recueil de nouvelles, qui contient notamment le dernier texte de King lié à La Tour sombre. (Après, il ne me restera "que" à lire La Concordance de Robin Furth.)


D'une manière générale, j'ai trouvé ce recueil un peu paresseux. Les quatorze nouvelles sont pertinentes et font bien leur travail, mais, à quelques exceptions près, je n'ai pas non plus été transportée. Ça rejoint un peu l'opinion que j'avais de l'auteur avant de me lancer dans La Tour sombre, un quelque chose d'un peu trop convenu, un peu trop "populaire" au sens de "simple, facile à prendre en main"... Enfin de manière relative bien entendu; disons "populaire" si vous aimez le genre sanglant et perturbant quoi. 😈

J'ai été étonnée que la majorité des textes ne relèvent pas du fantastique mais plutôt du noir, et que certains se terminent même bien! Bien sûr, je ne vous dis pas lesquels pour ne pas divulgâcher...

Autopsy Room Four (1997)
Un homme se réveille paralysé sur un lit d'hôpital et comprend qu'on l'a donné pour mort et qu'on va procéder à son autopsie. Un texte efficace mais peu salé au final. Je l'ai lu dans d'assez mauvaises conditions à l'aéroport et je ne suis pas trop rentrée dedans, même si l'idée de base est franchement angoissante.

The Man in the Black Suit (1994)
Un petit garçon parti pêcher tombe sur un inquiétant homme habillé de noir qui lui annonce des choses horribles. Outre la présence fort intéressante d'un homme en noir (les lecteurs de La Tour sombre comprendront ^^), le texte présente des éléments assez tristes, mais je ne l'ai pas trouvé foufou non plus.

All That You Love Will Be Carried Away (2001)
Ce texte est plus original puisqu'il met en scène un commercial qui note depuis des années les graffitis aperçus dans les toilettes, ce qui donne lieu à des citations absurdes ou étonnantes, voire tristes comme celle du titre. Je n'ai pas été tout à fait convaincue par la fin mais c'était plus "typé" et consistant que les textes précédents.

The Death of Jack Hamilton (2001)
Une histoire de gangsters bien ficelée, qui a su m'intéresser malgré l'indifférence totale que je ressens envers ce type de personnage. Ce n'était pas non plus foufou mais elle fait le boulot.

In the Deathroom (1999)
Une séance de torture présidée par Pablo Escobar en personne. Je n'ai pas su la situer dans un contexte précis à cause de mon immense ignorance géopolitique mais c'était pas mal.

The Little Sisters of Eluria (1998)
Grand retour de la Tour sombre!! Hiiiiiiiiii!! Dans cette nouvelle isolée, que l'on peut lire sans aucun problème si on ne connait pas la saga à laquelle elle se rattache, Roland de Gilead est convalescent dans une sorte d'hôpital dans une ville fantôme, Eluria. À son chevet, cinq femmes aux traits changeants et pas forcément si bien intentionnées que ça... Après une introduction résolument western, avec ville abandonnée et poussiéreuse, le texte relève plutôt de l'horreur/du fantastique, mais avec toute la richesse de l'univers de La Tour sombre et quelques références sympathiques (un des personnages vient de Delain, le royaume de Les Yeux du dragon) ou tristes (par exemple une réflexion sur la cruauté du ka qui m'a fait grincer des dents maintenant que je connais la fin de la quête de Roland). Le texte n'est pas indispensable à l'échelle de la saga mais est plaisant pour les fans et peut permettre de "tâter" l'univers si vous hésitez à vous engager dans une lecture d'environ 5 000 pages. Je vous renvoie aussi vers l'avis de Vert, qui en parle mieux et plus longuement que moi.

Everything's Eventual (1997)
Défrayé, nourri et logé dans un appartement fourni par son mystérieux employeur, un homme aux pouvoirs paranormaux a pour mission d'envoyer des lettres aux personnes qui lui sont désignées. Tout irait pour le mieux s'il ne commençait pas à s'interroger sur l'identité des destinataires de ses lettres aux conséquences fatales... Un texte agréable sur le coup mais peu marquant à long terme.
Ajout du 15 novembre: HA HA! J'étais tellement sure, en lisant cette nouvelle, qu'il y avait un rapport avec La Tour sombre!! Je pensais m'être trompée car le nom de l'employeur ne correspondait pas mais la Concordance, que je viens d'entamer, a confirmé mes soupçons!! Youhouhou!!

L. T.'s Theory of Pets (1997)
Peut-être mon préféré du recueil, ce texte est le récit d'un homme abandonné par sa femme qui parle de leurs deux animaux: le chien que sa femme lui a offert, avec lequel il ne s'entend pas du tout, et la chatte qu'il a offert à sa femme, avec laquelle celle-ci ne s'entend pas du tout. C'est assez sympathique et léger à lire et Stephen King y sépare l'humanité en deux grandes catégories: les gens qui aiment les chats et les gens qui aiment les chiens. Je suis on ne peut plus d'accord! (Ici, c'est team chat bien sûr! 🐱)

The Road Virus Heads North (1999)
Une nouvelle sur l'effrayante peinture d'un jeune conducteur achetée dans une brocante. Efficace et dans les règles de l'art, c'est un bon moment de fantastique. Je l'ai lue en plein jour et ai néanmoins jeté quelques regards soupçonneux autour de moi....

Lunch at the Gotham Café (1995)
Un texte plus quelconque sur un couple qui se retrouve au restaurant, avec un avocat, pour parler de son divorce. Le maître d'hôtel est très bizarre et tout part rapidement en vrille. Cette nouvelle m'a moins intéressée et j'ai trouvé qu'elle atteignait des sommets de sexisme: non seulement les femmes ne savent pas réagir face au danger, mais en plus elles appellent carrément à l'aide leurs compagnons masculins! Je vous jure! En pleine catastrophe, elles trouvent la présence d'esprit de crier "Machin, sauve-moi!" 😡

That Feeling, You Can Only Say What It Is in French (1998)
Un texte décousu un peu difficile à suivre, mais délibérément décousu, sur la sensation de déjà-vu qu'une femme ressent lors de son anniversaire de mariage. C'est justement le déjà-vu qui donne son titre au texte puisqu'il s'appelle aussi déjà-vu en anglais. Je n'ai pas trop aimé mais le petit mot de King à la fin l'a éclairé d'un jour nouveau et m'a aidée à mieux comprendre.

1408 (1999)
Le clou du recueil. Une nouvelle de fantastique dans les règles de l'art. Comme le dit King dans son mot d'intro, tout auteur du genre doit un jour ou l'autre se frotter à la chambre d'hôtel hantée. Il le fait ici avec brio, en présentant une présence effrayante car incompréhensible. C'est difficile à expliquer mais on approche de ce que faisait Lovecraft quand il parlait de choses innommables car non-euclidiennes ou aux proportions incompréhensibles... Bref, j'ai bien balisé en entrant dans la chambre 1408 et je ne sais pas si je serai bien à l'aise la prochaine fois que j'irai à l'hôtel.
La nouvelle a été adaptée en film avec Samuel L. Jackson et John Cusack.

Riding the Bullet (2000)
Un jeune homme rejoint sa mère à l'hôpital en faisant de l'auto-stop. Mais dans la nuit pleine de brouillard, les conducteurs ne sont pas forcément vivants... Ce texte efficace n'est pas inoubliable mais aborde avec justesse le thème du décès de la mère, déjà traité dans la nouvelle The Woman in The Room du recueil Night Shift. C'est un bon texte pour Halloween je pense.

Luckey Quarter (1995)
Une femme de ménage rit aux larmes en trouvant le pourboire laissé par un client dans sa chambre d'hôtel: une pièce de 25 cents. Comment payer l'appareil de sa fille et les visites médicales de son fils avec 25 cents? Mais mieux vaut en rire qu'en pleurer. Et vu que le client a laissé un mot disant qu'il s'agit d'un porte-bonheur, pourquoi ne pas jouer la pièce au casino de l'hôtel? Un texte plutôt pas mal qui m'a un peu rappelé La Tour sombre à cause du mot accompagnant la pièce: je me suis demandé s'il avait été laissé par un certain Walter. Mais peut-être que je suis juste monomaniaque.

Malgré les réserves que j'ai exprimées au début de ce billet, ce recueil confirme à quel point l’œuvre de Stephen King est diversifiée: il a vraiment touché à tout! Et il reste un écrivain très intéressant...

jeudi 9 novembre 2017

The Body in the Library (1942)

Chronique express!


Je l'ai déjà dit par le passé, Agatha Christie est une valeur sure: impossible de s'ennuyer avec ses policiers. Ici, c'est Miss Marple qui enquête sur un drôle de meurtre à la demande son amie Mrs Bantry. Le cadavre d'une jeune femme a en effet été retrouvé dans la bibliothèque du manoir familial! Les Bantry ne l'ont jamais vue mais les rumeurs iront forcément bon train et Mrs Bantry ne veut pas prendre le risque que la réputation de son mari en pâtisse. En plus, elle trouve tout cela très excitant! Voilà donc Miss Marple embarquée dans une nouvelle enquête aux côtés de la police dans le bel hôtel où travaillait la victime. Un vieil invalide dont la vie a été marquée par la tragédie, ses proches qui ont des soucis d'argent, la cousine de la victime, un danseur, un joueur de tennis, un jeune homme du monde du cinéma... Tout le monde est suspect et le mystère reste entier: pourquoi donc étrangler une jeune femme dans la bibliothèque de parfaits inconnus? Forte de son expérience de la vie dans le petit village de St. Mary Mead, Miss Marple va heureusement tirer tout ça au clair, à grand renfort de remarques étonnantes, qui sont parfois du niveau de "et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu" et donc hilarantes.

Mon seul regret: avoir lu ce roman, acheté à Dublin cette année, du 28 au 31 octobre, en oubliant totalement que j'avais acheté l'année dernière Haloowe'en Party de la même auteure, qui aurait été plus de circonstance vue la date. Ce sera pour l'année prochaine!

dimanche 5 novembre 2017

Le Ventre de Paris (1873)

Après La Fortune des Rougon et La Curée, Tigger Lilly et moi avons continué notre relecture des Rougon-Macquart d'Émile Zola avec Le Ventre de Paris, le roman des Halles à l'époque où elles étaient le marché central de Paris.


Plus d'un mois après avoir terminé ma lecture, mes souvenirs se sont largement estompés, mais j'ai heureusement nos échanges de mail pour me rafraîchir la mémoire!

L'intrigue
On suit le parcours de Florent, évadé du bagne qui revient à Paris en 1858 après des années d'absence. Il a été déporté alors qu'il n'avait pas participé à l'insurrection de 1851 contre le coup d'État de Bonaparte et est donc extrêmement remonté contre le Second Empire. Il retrouve son frère Quenu, qui tient une charcuterie prospère avec sa femme Lisa, fille d'Antoine Macquart et de Joséphine Gavaudan et sœur de Gervaise, célèbre héroïne de L'Assomoir. Idéaliste et naïf, la tête pleine d'idées sur la liberté, Florent peine à trouver sa place dans cette société consacrée tout entière à l'engraissement et se tourne assez rapidement vers un petit groupe de contestataires qui se réunit dans le café à côté de la charcuterie.

Les personnages
Florent est donc le personnage principal, mais le roman met aussi beaucoup en avant Lisa, une figure de "brave femme" à la moralité parfois un peu arrangeante: c'est le genre de personne fondamentalement honnête, qui n'irait jamais voler mais qui sait fermer les yeux si son bien-être est menacé ou perturbé. Fondamentalement, ce qu'elle veut, c'est qu'on la laisse tenir un commerce prospère. (Je me suis pas mal reconnue dans ce personnage, mon objectif dans la vie étant depuis des années de gagner de l'argent pour monter à cheval, dans l'indifférence pratiquement absolue des problèmes de la société et du monde.) Elle a aussi un sacré caractère et est clairement la cheffe du foyer, Quenu étant un peu bête et mou (gentil aussi, hein, fondamentalement, mais peu porté à voir plus loin que le bout de son nez).
Par ailleurs, on a toute une galerie de personnages qui gravitent autour de la famille. Certains sont abjects, comme l'horrible mademoiselle Saget qui précipitera la chute de Florent, d'autres sont variables, comme la belle Normande. Claude Lantier est un artiste qui plane un peu, madame François est le seul personnage réellement positif (c'est-à-dire bon, bienveillant et lucide à la fois; Florent est certes bon et bienveillant mais il est tellement incapable de voir ce qu'il se passe autour de lui que je ne peux pas le considérer réellement comme positif).

Les gros et les maigres
À quelques rares exceptions près, ces personnages se répartissent dans deux catégories, les gros et les maigres. Bien sûr, on peut être maigre physiquement et appartenir à la catégorie des gros, c'est plutôt une histoire d'appétit et de relation aux autres. Cette notion est liée à celle de...

...la bouffe!
Le marché des Halles est un immense étalage de bouffe, un édifice de verre et d'acier qui abrite des montagnes de victuailles dans des pavillons dédiés (la halle au blé, la halle de la poissonnerie...). Les tas de navets s'effondrent, les fromages puent, les animaux en cage pullulent, les poissons étincèlent.... Il y en a PARTOUT, à tel point qu'on frôle l'indigestion en lisant, et tout le monde mange et se gave dans une allégorie de la soif de richesses du Second Empire, déjà montrée du doigt avec l'or de La Curée.
"Et, derrière, les neuf autres tombereaux, avec leurs montagnes de choux, leurs montagnes de pois, leurs entassements d'artichauts, de salades, de céleris, de poireaux, semblaient rouler lentement et vouloir l'ensevelir, dans l'agonie de sa faim, sous un éboulement de mangeaille."
Les Halles sont vivantes et font partie intégrante de l'intrigue; c'est un univers à part avec ses propres règles.

Une fin quelque peu désolante
Le roman se termine sur une fin moins sanglante que La Fortune des Rougon et moins abrupte que La Curée, mais il n'en est pas moins désolant et révoltant puisqu'il met en scène, une fois de plus, la victoire des méchants ou des pas-très-sympas... [Attention divulgâcheur] Florent a été largement manipulé par certains de ses "camarades" et la police l'a utilisé comme instrument bien pratique pour détourner l'attention du public d'une loi fort impopulaire que le gouvernement avait du mal à faire passer. Il repart au bagne et la vie reprend son cours habituel, comme si de rien n'était, entre les étals de nourriture des Halles... [Fin du divulgâcheur] Mais cela ne signifie pas que le roman n'est pas bon; c'est un excellent Zola qui mériterait d'être plus connu.

Le petit truc à retenir en plus
Zola est un écrivain d'une modernité étonnante; il vivait déjà dans le même monde largement urbain et industrialisé que nous et ses réflexions sociales sont d'une actualité absolue. J'adore! 😍

Prochaine étape: La Conquête de Plassans.

mercredi 1 novembre 2017

La gamelle d'octobre 2017

J'ai eu peu de temps pour la culture en octobre, un mois que j'ai plutôt consacré à l'équitation et à un beau week-end de cinq jours à Dublin (merci Ryan Air de m'avoir fait rentrer un jour plus tard en annulant mon vol de retour 😍). J'espère faire mieux en novembre... 😋

Sur petit écran

Rien. Ça donne le ton. 😋

Sur grand écran

Blade Runner 2049 de Dennis Villeneuve (2017)


Un beau film bien maîtrisé. Je n'ai vu qu'une fois le film précédent et ne peux donc pas juger de la manière dont il en reprend les codes et le ton, mais l'aspect principal des bouquins de Dick – à savoir la vérité de la réalité et de l'identité – est bien présent (je vous rappelle que j'ai lu Do Adroids dream of Electric Sheep? l'année dernière et que je l'ai trouvé excellent). Je suis restée très dubitative, en revanche, sur le principal élément de l'intrigue, [divulgâcheur] le fait que Deckard ait eu un enfant avec Rachel: je n'avais aucun souvenir d'une intrigue amoureuse entre ces deux personnages... C'est dire combien je connais peu le premier film... Je ne sais pas si le film était vraiment nécessaire, mais on est clairement dans le haut du panier en matière de film américain à gros budget.

Victoria & Abdul [Confident Royal] de Stephen Frears (2017)


Un film sympathique mais un peu gentillet sur l'amitié entre la reine Victoria et un Indien envoyé à Londres lui rendre hommage. Le message est positif mais ne casse pas trois pattes à un canard et, à l'exception d'une scène (les vautours avançant dans un couloir), je n'y ai vu aucune prise de risque ou "vision" de la part de Stephen Frears, pourtant réalisateur d'un vrai chef d’œuvre de l'histoire du cinéma. Une réflexion que je m'étais déjà faite à l'occasion de Florence Foster Jenkins. Heureusement, Judy Dench est magistrale, comme à son habitude, et fait tout l'intérêt du film.

Zombillénium de Arthur de Pins et Alexis Ducord (2017)


Un film d'animation tiré de la bande dessinée d'Arthur de Pins. Il y a beaucoup de bonnes choses et c'est assez drôle, mais il manque aussi un peu d'intrigue ou de finesse pour en faire vraiment un bon film. J'ai beaucoup aimé la sorcière rockeuse avec son skate à balais et le vampire à paillettes, je n'ai pas aimé le dessin et les passages avec la petite fille. Je crois que c'est le premier film français que je vois cette année.

Du côté des séries

Star Trek Discovery - saison 1 - 2017
La série continue tous les lundi soirs. J'aime beaucoup mais je ne suis pas non plus ultra enthousiaste, il manque un petit quelque chose d'"émerveillant" que j'aime tant dans la série d'origine...

Mr Robot - saison 1 - 2015
Cette série avance plus lentement, ou plutôt nous avons calé après l'épisode 5 par manque de temps. Angela est à la croisée des chemins... On reprend en novembre!
Et le reste

J'ai lu le Cheval Mag de novembre et le numéro 52 de Translittérature, le magazine de l'Association des traducteurs littéraires de France, une lecture de grande qualité et toujours passionnante.


Bonne fin de jour férié à tous! 😘

samedi 28 octobre 2017

Le Journal d'Hélène Berr (2008)

Difficile de parler du Journal d'Hélène Berr, que j'ai lu avant de partir en long week-end et de changer complètement d'air. Cette lecture s'est révélée brillante, pleine de sensibilité, d'une lucidité absolue, profondément humaine et très littéraire. Je la recommande chaudement et pense même qu'elle est supérieure au Journal d'Anne Frank car l'auteure était plus âgée au moment de la rédaction et m'a semblé faire preuve d'une plus grande maturité.


Qui était Hélène Berr?
Hélène Berr était une Parisienne juive (ou bien une Juive parisienne selon comment on voit les choses) qui a commencé, en avril 1942, à l'âge de 21 ans, à tenir un journal intime. Elle était étudiante en lettres et vivait avec ses parents. Elle a été déportée en 1944 et est morte en 1945 à Bergen-Belsen.

De quoi parle son Journal?
De sa vie quotidienne, de sa famille, de ses sorties et de ses études, puis, de plus en plus, des privations et des horreurs subies par la communauté juive de Paris. Le témoignage est remarquable parce qu'Hélène Berr avait une conscience aigüe des injustices subies et de l'étendue de la souffrance autour d'elle, même si ses proches n'ont pas été touchés tout de suite. On se demande vraiment, en la lisant, comment on peut encore se demander "si les gens savaient"; certes, elle ne parle pas de xylon B, mais les Juifs qui n'avaient pas encore été arrêtés étaient pleinement conscients des terribles conditions de leur captivité et de la déportation (en wagons à bestiaux, avec trois seaux pour les besoins intestinaux de soixante personnes). Énormément d'informations ont par exemple circulé sur la rafle du Vélodrome d'Hiver et sur le camp de Drancy, où le père d'Hélène Berr a d'ailleurs été interné plusieurs mois.

En quoi est-il remarquable?
Parce qu'il est superbement bien écrit, avec un contraste douloureux entre la plume très fine d'Hélène Berr, ses ambitions de jeune femme, ses études littéraires qui lui laissent entrevoir des possibilités de réflexion formidables et la réalité, les enfants juifs à cacher, l'humiliation quotidienne de l'étoile jaune et des places réservées dans les transport, la peur permanente pour tous ceux qu'elle aime.
Je copie ici une citation très marquante et d'une justesse poignante:
"C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune."
Par ailleurs, j'ai aussi été marquée par certains passages plus personnels, notamment par celui sur la mort de sa grand-mère, qui m'a fait pleurer et penser à ma propre grand-mère, à tel point que j'ai envisagé d'aller au cimetière – chose qui ne m'était jamais passée par la tête jusque là...

Y-a-t-il des réserves?
Ma seule réserve concerne la difficulté de se repérer dans les personnes citées. Forcément, quand on écrit un journal intime, on peut utiliser des surnoms et des initiales, mais le lecteur ne connaissant pas la famille et les amis d'Hélène Berr a un peu de mal à situer tout le monde. Les notes de bas de page sont d'ailleurs très étranges, fournissant parfois des informations inutiles mais oubliant totalement d'expliciter certaines identités...
Par ailleurs, la préface de Patrick Modiano ne sert à rien et la postface "Une vie confisquée" de Mariette Job n'est pas très limpide, mais ça Hélène Berr n'y est pour rien. 😉

Pourquoi ce livre?
Parce que j'ai visité le Mémorial de la Shoah à Paris en novembre 2009 et qu'il y avait une vitrine ou un poster sur Hélène Berr. Le livre a passé huit longues années dans ma liste d'envies Amazon avant que je ne le trouve d'occasion au camion-bouquinerie de Pornic en juillet 2017. Comme quoi il ne faut jamais désespérer. Quelle belle et triste rencontre après toutes ces années... 💗


Une autre citation que je ne veux pas oublier
"Sa mère et son père sont déportés, elle était en nourrice, on est venus l'arrêter! Elle a passé un mois au camp de Poitiers.
Les gendarmes qui ont obéi à des ordres leur enjoignant d'aller arrêter un bébé de 2 ans, en nourrice, pour l'interner. Mais c'est la preuve la plus navrante de l'état d'abrutissement, de la perte totale de conscience morale où nous sommes tombés. C'est cela qui est désespérant."

mardi 24 octobre 2017

Pour que la philosophie descende du ciel (2017)

Remarque préliminaire: Manquant de temps pour rédiger une chronique digne de ce nom sur deux belles lectures récentes, Le Ventre de Paris d'Émile Zola et le Journal d'Hélène Berr, je triche un peu avec l'ordre de publication et mets en ligne cet article plus tôt que je ne le devrais. (Plus précisément, c'est Blogger qui mettra ce billet en ligne pendant que je serai à Dublin en train, je l'espère, de me changer les idées! 💚)

Comme je vous l'ai déjà dit, j'ai emprunté, en septembre, pas mal de livres à la médiathèque suite à une rencontre portant sur la philosophie. Deux ou trois d'entre eux me sont tombés des mains au bout de deux pages tellement ils étaient nombrilistes derrière une façade de "volonté de rendre la philosophie plus accessible" et je les ai rendus sans aller plus loin; Pour que la philosophie descende du ciel d'Alexandre Lacroix est le seul que j'aie pu lire en entier.


Il s'agit d'un recueil d'articles publiés dans Philosophie Magazine et partant d'une situation réelle ou d'une pensée de l'auteur pour généraliser et s'élever un peu plus haut, dans le monde des idées. Une lecture facile et certes intéressante, mais finalement très peu philosophique au sens où je l'entends (ou au sens où je crois m'en souvenir); on a plutôt affaire à des réflexions générales personnelles, voire – à nouveau – nombrilistes, qui ne choqueraient pas forcément dans les hebdomadaires que je feuillette parfois dans les centres médicaux, comme Le Point. Le premier chapitre, qui parle de La Route de Cormac McCarthy, m'a même fait hurler à cause de la manière dont il réfute l'argument anti-parentalité "À quoi bon avoir des enfants dans ce monde de brutes?" (qui ne commence en réalité par "à quoi bon" que pour les gens qui ne veulent pas y répondre, la vraie question étant "de quel droit avoir des enfants dans ce monde de brutes?", c'est-à-dire "de quel droit créer un être humain pour le catapulter dans ce monde atroce?" ou "qui suis-je pour décider qu'un autre être humain vivra et souffrira?").

Bon, je m'égare, je voulais faire une chronique express à la base, pas râler. J'ai trouvé dans ce livre quelques réflexions intéressantes, notamment dans un chapitre extrêmement éclairant sur le travail (retenir la différence entre le travail de l'animal laborens et l’œuvre de l'homo faber), et il se lit de toute manière tellement vite et facilement qu'il vaut la peine de le lire s'il vous intéresse. Mais bon ce n'était pas non plus foufou. Il faudrait vraiment que je mette le nez dans quelques recommandations de mon ancien prof de philo si je veux redécouvrir la philo un jour...

Je note toutefois un passage sur Zola, tiré d'un article disponible ici:
"L’un des charmes du cycle des Rougon-Macquart, sous-titré « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », tient à ce qu’Émile Zola l’a commencé un an après la chute de Napoléon III, en 1871, et qu’il a mis vingt ans à le terminer. Il a ainsi retravaillé le matériau du passé alors qu’il était en cours de refroidissement. Il a tenté, en tant qu’écrivain, de forger selon son style et sa fantaisie ce métal en fusion. Il a aiguisé sa vision au cœur d’une luminosité ambiguë, entre chien et loup. C’est d’ailleurs ce que tentent tous les grands romanciers réalistes – de Balzac à Yu Hua en passant par Dos Passos ; ils veulent modeler le temps historique avant qu’il ne se fige."

vendredi 20 octobre 2017

Sir Nigel (1906)

Je suis tombée sur cet exemplaire de Sir Nigel d'Arthur Conan Doyle dans une bouquinerie d'Angers. Entre l'auteur et le chevalier en couverture, je n'ai pas hésité une seconde même si je n'en avais jamais entendu parler.


Ce roman "historique", la préquelle de La Compagnie blanche – que je ne connais pas plus mais que je lirai sûrement quand j'en aurai l'occasion –, est romantique, amusant et léger; on croirait lire du Walter Scott ou du Dumas. Nous sommes en 1349. La peste noire a ravagé l'Angleterre et la guerre de Cent Ans contre la France a commencé. Sir Nigel est un jeune noble anglais désargenté et un peu idéaliste, voire très naïf, qui est bien décidé à se tailler un nom et à faire honneur à ses ancêtres par les armes. Mais sa situation matérielle est difficile, l'abbaye d'à côté volant depuis des années les terres de sa famille. Heureusement, il se trouve un formidable cheval de guerre (indomptable, bien sûr) un peu par hasard, puis le roi Edward III en personne lui rend visite. Ayant aussi réussi à se procurer une armure, Nigel part guerroyer à Calais aux côtés du roi, de son fils le Prince noir et de John Chandos. Il enchaînera ainsi les aventures et les combats et accomplira trois gestes en l'honneur de sa dame qui l'attend en Angleterre.

Les forêts sont truffées de brigands, le danger rôde partout, les épées s'entrechoquent et la gloire des combats est à portée de main dans ce roman: quels moments formidables! Quel dépaysement que de plonger en plein dans ce Moyen Âge complètement fantasmé, certes, mais assumé en tant que fantasme. Je n'ai vraiment pas boudé mon plaisir, d'autant plus que le ton de Doyle est plein d'humour. Nigel est certes un grand enfant naïf, mais il est courageux et permet de rentrer en plein dans cet univers si éloigné de nous. Imaginez que le roi d'Angleterre, Edward, parle français, allemand, latin et même un peu d'anglais. Et oui, car la cour d'Angleterre, à l'époque, c'était les Plantagênet et tout le monde parlait français, ou mieux encore normand; l'anglais n'existait pas vraiment encore et était réservé aux classes populaires...

Un exemple de l'humour du livre: Tout le monde n'a qu'une idée en tête, accomplir des gestes et gagner l'honneur sur le champ de bataille. Les rois d'Angleterre et de France signent une trêve? Qu'à cela ne tienne! Les chevaliers français et anglais trouveront bien à se disputer pour ensuite régler une question d'honneur – car une question d'honneur entre deux petits groupes de chevaliers, ce n'est pas la guerre, n'est-ce pas? :D Toute la scène où les hommes se mettent d'accord entre eux sur cette dispute est d'un savoureux!

En deux mots, une plongée passionnante dans l'histoire de France et d'Angleterre et encore une formidable trouvaille de bouquinerie, même si le livre n'est pas  tout à fait exempt de défauts et présente quelques difficultés de lecture à cause de tournures et de mots vieillots. 😍 À lire comme on lit ou regarde du Robin des Bois et de l'Ivanhoé...